Archives départementales de la Vendée avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée Dictionnaire historique des Vendéens

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Jeanne de Belleville

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Notice rédigée par : Maurice Mignet

Données identitaires

Identité

femme

Naissance, Filiation et Décès

Naissance

le 1300

(Vendée, France)

Filiations
  • Maurice IV de Montaigu, degré : Père

    Maurice IV de Montaigu est mort en 1304.

  • Létice de Parthenay, degré : Mère

    Létice de Parthenay est la fille de Guillaume l'Archevêque, seigneur de Parthenay.

Décès

le 1359

(Grande-Bretagne)

en Angleterre

Caractéristique sociale

Groupe social d'Ancien Régime

Noblesse

Armes et cachets

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Blason des Montaigu-Belleville :
gironné de gueules et de vair de douze pièces.

Blason des Clisson : 
de gueules au lion couronné d’or.

Sceau de la châtellenie de Clisson, en 1333
Berthou (Paul de), Clisson et ses monuments, 1910, p. 324

Notice biographique

Notice biographique

Une justicière implacable


Les documents historiques qui permettent de connaître l’histoire de Jeanne de Belleville sont rares et constitués essentiellement par les chroniques de son époque, comme les
Chroniques de Froissart et la Chronique normande du XIVe siècle. Par contre, sa vie si exceptionnellement aventureuse a attiré érudits et écrivains, d’Armand-Désiré La Fontenelle de Vaudoré en 1825 dans Histoire d'Olivier de Clisson, connétable de France, à Elie Durel en 2010 avec Jeanne de Belleville, corsaire par amour1. Ils se sont le plus souvent laissé séduire et emporter par leur héroïne. Les biographies qu’ils ont laissées d’elle ont presque toujours versé dans le roman, voire dans la légende, les dates y sont souvent sujettes à caution et les généalogies d’une fiabilité incertaine. Enfin et surtout, leur vision de l’histoire présente la France d’alors comme devant nécessairement devenir la France d’aujourd’hui – vision étroitement calquée sur l’histoire française officielle – avec un classement entre traitres et héros fait en conséquence… D’où la nécessité, pour connaître Jeanne de Belleville, de se reporter d’abord aux sources de son époque2. 


Jeanne de Belleville
vécut entre 1300 et 1359. Elle naquit du second mariage de Maurice IV de Montaigu avec Létice de Parthenay3. Après le décès de son premier mari, Geoffroy de Châteaubriant, elle épousa en 1328 Olivier IV de Clisson. En 1337, à la mort de son demi-frère Maurice V, elle hérita de l’importante seigneurie de Montaigu et de celle toute proche de Belleville dont elle prit le nom.



Quand en 1341 la mort du duc Jean III de Bretagne entraîna une guerre de succession, Olivier IV de Clisson soutint Charles de Blois († 1364), époux de Jeanne de Penthièvre, nièce germaine du duc défunt, alors qu’Amaury de Clisson, son cadet, prit le parti de Jean de Montfort († 1345), demi-frère consanguin du même duc. Fin 1342, Olivier IV de Clisson fut fait prisonnier par les montfortistes devant Vannes, mais bientôt il obtint sa libération contre celle du comte de Stanfort. Un échange trop facile aux yeux du roi Philippe VI qui soupçonna qu’Olivier IV de Clisson aurait bien pu changer de camp. Sous prétexte d’un tournoi, il l’invita à venir à Paris où, traitreusement, il le fit arrêter. L’ayant fait décapiter sans jugement le 2 août 1343 avec plusieurs autres seigneurs bretons, il fit envoyer sa tête à Nantes pour qu’elle fût plantée sur une lance à une des portes de la ville4.

Exécution d’Olivier IV de Clisson, époux de Jeanne de Belleville, le 2 août 1343, selon une miniature attribuée à Loyset Liédet5… et selon les très partisanes "Grandes Chroniques de France" :
"[…] Assez tost après, fu amené du Temple, là où il tenait prison en Chastellet, la teste toute nue et sans chaperon, et puis fu sentence donnée contre luy, et fu mis hors du Chastellet ; et d’ilecques, si comme l’en dit, fu trainé tout vif jusques en Champiaux [halles de Paris], et depuis fu monté ou monta en un grant et haut eschafaut, là où il povait estre veu de tous, et là ot la teste copée. Duquel le corps fu trainé jusques au gibet [de Montfaucon] et puis fu pendu par les esselles, au plus haut lieu du gibet, et son chef, du commandement du roy, en espoentement des autres, si fu porté en la cité de Nantes à laquelle il avait fait moult de maux et s’estait efforcié de la traïr, si comme l’en disait. Sa femme qui estait appellée dame de Belleville, tant comme coupable des devant dites traïsons, fu semoncée en parlement, laquelle n’osa comparoir ; pour ce, fu elle condampnée par jugement et bannie."

 
Jeanne de Belleville jura de venger son mari, alors que Philippe VI faisait saisir tous leurs biens. Des chevaliers bretons la soutinrent lorsqu’elle prit les armes contre lui, sur terre et sur mer. Elle commença par s’emparer du château de Touffou, proche de Clisson, et suivant les méthodes qu'utilisait le roi, y fit massacrer la garnison. Puis elle attaqua les châteaux des partisans de Charles de Blois (neveu de Philippe VI et soutenu par lui) qui était devenu maintenant son ennemi. Bannie, poursuivie sur terre, elle acheta plusieurs bateaux et continua le combat sur mer, présentée par les uns comme une pirate sanguinaire et étant pour les autres une courageuse veuve justicière.

Suite à un arraisonnement par des vaisseaux du roi de France, ou suite à un naufrage, elle et ses deux fils se retrouvèrent pendant cinq jours dans une barque en perdition. Le plus jeune, Guillaume, y mourut d’épuisement. Ayant fini par s’échouer près de Morlaix, elle fut secourue par des partisans de Jean de Montfort, qui était alors prisonnier du roi de France. Transportée à Hennebont, place forte défendue par la comtesse de Montfort, elle se réfugia en Angleterre où elle fut accueillie par Edouard III. C’est là que ses enfants Olivier, Jeanne et Isabelle reçurent leur éducation. Vers 1349, elle se remariera avec Gautier (Walter) de Bentley, chevalier anglais qui s’illustrera aux côtés des montfortistes et du futur duc Jean IV dans de nombreux combats en Bretagne, tel celui de Mauron (14 août 1352).


Ce ne sera qu’après la mort de Jeanne de Belleville en 1359 que les Clisson retrouveront les biens qui leur avaient été confisqués au temps de leur bannissement. Cela fut permis par les défaites des Valois à Crécy (1346), à Poitiers (1356) et surtout par le traité de Brétigny qui suivit (1360), puis par la défaite et la mort de Charles de Blois à Auray en 1364. Son fils restera connu sous le nom de "connétable Olivier de Clisson", après qu’il se fut rallié aux Valois. Suite à un partage familial, sa fille, Jeanne de Clisson (†av.1372), reçut, entre autres possessions, les seigneuries de Montaigu et de Belleville ; sans doute en 1361, elle épousa le seigneur Jean Ier Harpedane qui, originaire du nord de Londres, resta toute sa vie un des plus fidèles et actifs soutiens des rois Edouard III puis Richard II, descendants et héritiers des anciens ducs d’Aquitaine, que ce soit sur les champs de batailles ou bien comme gouverneur ou sénéchal dans leurs possessions en Poitou, Saintonge et Guyenne.


Quant au rapport entre Jeanne de Belleville et la ville dont elle avait pris le nom, cette seigneurie lui venait d'Agnès Guarat de Belleville qui, au début du XIIIe siècle, avait épousé Brient II de Commequiers, ses arrière-(ou arrière-arrière)-grands-parents. Elle n’y a probablement que très peu séjourné à l’exception, peut-être, de ses premières années.


En 1837, le tracé des parcelles sur le premier plan cadastral de Belleville 
avait gardé quelques souvenirs de ce qu’avait pu être son état au Moyen Age :
les emplacements de la vieille église, de l’enceinte, du logis du Château, 
et celui des anciennes douves, qui étaient pour une petite partie encore en eau.
En 2016, il en subsistait le porche du XIIe siècle de cette ancienne église 
et quelques-unes de ses sculptures romanes.
La route de la Roche-sur-Yon ("Napoléon") à Montaigu,
avec son embranchement vers Nantes, a été ouverte autour de 1812.
(extraits du cadastre de Belleville-sur-Vie de 1837, environ 265 x 245 m,
et photos prises en 2016 de l’ancienne église médiévale)


Le "Bréviaire de Belleville"

Le nom de Jeanne de Belleville est attaché au "Bréviaire de Belleville", livre de prières suivant le rythme de l’année liturgique. Ce manuscrit en latin et en deux volumes de 446 et de 430 folios, daté de 1323-1326, est très connu pour ses enluminures réalisées par Jean Pucelle († 1334) et les enlumineurs de son atelier à Paris (BnF, ms latin 10483-10484). Jeanne de Belleville l’aurait reçu en cadeau pour ses noces avec Olivier IV de Clisson, en 1328. Tous leurs biens ayant été confisqués lors de la condamnation dont ils furent victimes en 13433, le "Bréviaire de Belleville" se retrouva en 1379-1380 dans l’inventaire que le roi Charles V fit faire de son "mobilier"6.

"La Résurrection : Christ sortant du tombeau", Bréviaire de Belleville, t.1, f° 375v (BnF, ms latin 10483).

 

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Sources et références

1 Voir par exemple : Jeanne de Belleville, Émile Péhant. Forest et Grimaud, 1868 ; Jeanne de Belleville, corsaire par amour, Élie Durel, Geste, 2010 ; et plus récemment : Pour ce qu'il me plaist : la première femme pirate, Laure Buisson, Grasset, 2017 [indications bibliographiques données par Donat Grand Clément le 07-09-2017]. 

2 Les relations des événements concernant la vie de Jeanne de Belleville se trouvent principalement dans : Grandes Chroniques de France, t.5, de Jean (II) le Bon à Charles (V) le Sage (1350/1380) ; Chronique latine de Guillaume de Nangis et ses continuations, t.2 (1317/1368) ; Chronique des quatre premiers Valois, 1327/1393 ; Lescot (Richard), Chronicon, (1328/1364) ; Orgemont (Pierre d’), Chronique des règnes de Jean II et de Charles V, t.1 (1350/1364) ; Chronique normande du XIVe siècle ; Chronique du Mont-Saint-Michel, t.1 (1343/1432) ; Froissart (Jean), Chroniques : t.2 (1341/1350), t.3 (1350/1359).

3 Beauchet-Filleau (Henri), Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, t. 1, 1891, p. 426-428. Les erreurs qu’il contient ont été corrigées par Gustave Mignen, Chartes de Fondations pour l'Aumônerie-Hôpital de Montaigu (Bas-Poitou), 1904, p. 6 à 14, et par Georges Laronze, Montaigu, Ville d'histoire (IVe-XXe s.), 1958, p. 15.

4 Les ouvrages historiques de ces derniers siècles évoquant Olivier IV de Clisson et sa mort, reconnaissent une accusation sans preuve et une exécution illégale, mais ils le présentent avant tout comme un traitre avéré (...à la France) dont le triste et injuste sort fut bien mérité ; ceci à l’exception des ouvrages d’auteurs bretons qui en général font des choses une présentation bien différente, en particulier les plus récents.

5 Froissart (Jean), Chroniques, livre 1er (BNF Paris, manuscrit, Fr 2643, f° 126).

6 Inventoire général du roi Charles Lequint […], 1379-1380, 336 f°, 3904 cotes. Cote 3294 : "Ung très beau Bréviaire très parfait, bien escript, très noblement enluminé et très richement ystorié. Lequel est en deux volumes, et est à l’usaige des Frères Prescheurs, et est appellé le Bréviaire de Belleville ; et se commance le second fueillet du premier volume et scitote, et du second volume justice, et en sont le fueillez par dehors ystoriez à ymages. Et sont les fermouers d'argent doré, esmaillez des armes de Belleville. Et sont en deux estuiz de cuir bouilly, ferrez." Les fermoirs "esmaillez des armes de Belleville" ont aujourd’hui disparu.

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Relations

Relations

  • Jean Ier Harpedane

    Nature de la relation : relation familiale

    Jeanne de Belleville est la belle-mère de Jean Ier Harpedane.

  • Jean II Harpedane

    Nature de la relation : relation familiale

    Jeanne de Belleville est la grand-mère de Jean II Harpedane.

Références


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